5 décembre 2017 1 Commentaire

Camille, le trait d’union

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Chapitre 1

 

La jeune femme foulait les herbes folles qui couvraient la pente de la colline et qui ondulaient comme autant de mèches de cheveux sous le vent. Au sommet, un arbre majestueux étalait ses branches feuillues mais bizarrement, sans projeter d’ombre malgré la lumière qui brillait derrière lui. Le décor verdoyant semblait artificiel tant les couleurs étaient contrastées. Le vert saturé tranchait avec le bleu pâle de ce qui semblait être le ciel. Tout baignait dans un éclairage presqu’aveuglant, pourtant il n’y avait pas de soleil. Il faisait bon et chaud et en dépit de l’incongruité du lieu, elle avançait rassurée, apaisée, heureuse.

Mais les limites de son champ de vision restaient troubles. Elle tourna la tête vers l’une d’elle et se retrouva, à mesure de son mouvement, dans une obscurité de plus en plus intense. Pour en avoir le cœur net, elle fit demi-tour et se trouva face à un  noir profond, menaçant, froid, dans lequel il n’y avait aucun repère. Elle se retourna à nouveau et se laissa baigner par la douce chaleur qui irradiait son visage. Elle marcha vers la lumière, attirée par cet unique arbre qui se détachait de l’arrière plan.  Elle fut surprise de constater que  l’herbe et les feuilles de l’arbre dansaient alors qu’elle ne sentait pas de vent. Pas le moindre souffle. Elle s’arrêta, tendit l’oreille et entendit le bruissement du feuillage. Mais cette étrangeté ne l’interpella pas davantage. Elle décida de se rapprocher un peu plus et esquissa un pas en avant. Mais avant même d’avoir pu poser le pied, la colline, encore distante, se trouva à sa portée comme si tout le décor avait avancé dans sa direction. Elle posa le pied au sol, intriguée, et fit un pas en arrière. La colline semblait suivre ses déplacements en se rapprochant davantage.

La jeune femme sourit, se demandant mentalement quel genre de rêve pouvait à ce point lui jouer des tours. Par jeu, elle fit un pas en avant, s’arrêta, en fit un autre et s’arrêta de nouveau. Elle se rapprocha tellement qu’elle put distinguer que cette colline était en fait une succession de terrasses et de promontoires que la verdure dissimulait, rendant la pente continue. Il n’y avait pas de sentier mais le vent, ou plutôt l’absence de vent, avait dessiné des sillons dans l’herbe jusqu’au pied de l’arbre. Et c’est tout naturellement qu’elle suivit l’un deux.

La pente était assez raide pour passer d’une terrasse à l’autre mais la jeune femme n’éprouvait aucune contrainte physique. Elle les gravissait avec légèreté, avec fluidité comme si elle montait les marches d’un escalier mécanique. A plusieurs reprises, elle crut être enfin arrivée près du tronc, mais à sa grande surprise, il lui semblait toujours plus lointain comme une ligne d’horizon fuyant à chacun de ses pas. Elle leva la tête et constata qu’il en était de même du sommet. Alors elle se retourna et manqua de tomber à la renverse. L’obscurité la suivait, toujours aussi menaçante, et pour la première fois, elle entendit son cœur qui cognait dans sa poitrine.

Elle tenta d’estimer la distance qui la séparait de son but et posa sa main  à la hauteur de son front pour se  protéger de la lumière. A quelques mètres d’elle, deux ombres fantomatiques semblaient se détacher à contre jour. Leurs contours flous s’émoussaient dans la lumière  mais elle ne rêvait pas. Deux silhouettes de grande taille se tenaient debout, tout là-haut, sans pour autant qu’elle puisse distinguer si elles lui faisaient face ou si elles lui tournaient le dos. Elle tenta de les interpeller mais aucun son ne sortit de sa bouche. Sa voix résonnait en elle comme le timbre d’une cloche. Pourtant, l’ombre qui se trouvait du côté de l’arbre bougea, puis leva un bras, comme pour attirer son attention. La jeune femme, une main toujours accolée au front, leva son bras pour répondre en écho à ce qu’elle prenait pour un  salut. La deuxième  silhouette leva un bras à son tour puis l’agita dans un mouvement qui semblait lui faire signe d’approcher.

La jeune femme baissa les bras et pencha légèrement la tête de côté, incrédule. Ces ombres faisaient-elles parties du même décor ou était-ce un effet de son imagination ?

Elle ne ressentait aucune crainte et c’est bien cela qui la motiva pour se porter à leur hauteur. Son esprit lui commanda de faire un premier pas. Mais avant même que sa jambe ne réagisse à l’ordre de son cerveau, elle se retrouva propulsée sur la terrasse où se trouvaient les silhouettes. Mais elle était encore trop éloignée pour en apprécier les formes alors elle tenta de faire un autre pas. De nouveau, sans que son pied ne bouge physiquement, elle se trouva à proximité des ombres, sans pour autant distinguer davantage de détails.

Leurs corps allongés aux membres filiformes ressemblaient à deux statues de Giacometti, couvertes d’un voile pudique sous lequel brillait la flamme d’une bougie.

Les deux ombres se regardèrent puis se tournèrent vers la jeune femme en lui tendant la main. Une voix  venue de nulle part et de partout à la fois résonna dans sa tête, une voix douce et chaleureuse, une voix amicale et sereine qui lui souhaitait la bienvenue. Elle pensa leur demander où elle se trouvait et la même voix lui répondit qu’elle était sur son chemin mais qu’elle n’avait pas encore atteint son but. Elle secoua la tête pour montrer qu’elle ne comprenait pas. Alors la voix lui demanda de se retourner et d’observer.

Elle fit demi-tour et se trouva de nouveau face à l’obscurité glaciale qui la suivait. Elle haussa les épaules en signe d’ignorance et vit une fine main passée par-dessus son épaule. Cette main déplia un long doigt pour indiquer un point dans le néant et la voix résonna encore, l’invitant à regarder dans la direction visée.  Elle se concentra et aperçut enfin une très faible lumière bleutée qui épousait les contours d’une masse cotonneuse au ras du sol. Elle regarda l’une des silhouettes qui lui proposa de s’approcher et de regarder.  Elle fit quelques pas, de vrais pas qui lui demandèrent  un effort physique pour aborder l’embrasure qui se dessinait devant elle. Au niveau de la trouée, elle se pencha en avant et reconnut son corps allongé sur une table. Elle semblait dormir, couverte partiellement d’un drap bleu. L’image se fit plus nette et elle entrevit deux hommes et deux femmes, vêtus d’une blouse verte, le nez masqué, la tête couverte d’une charlotte et qui s’affairaient en manipulant différents objets. La pièce était d’un blanc immaculé, équipée d’appareils que les multiples voyants clignotants faisaient ressembler à des robots. Elle regardait mais ne comprenait toujours pas en quoi elle était concernée. Elle pensa que son rêve était bien compliqué. L’obscurité ambiante l’effrayait, alors elle recula et  se tourna vers les ombres. En une seconde, elle se retrouva à nouveau près de l’arbre, au côté des silhouettes. Leur présence la rassurait. Elle ne pouvait pas expliquer pourquoi mais elle sentait que sa place était avec elles.  Mentalement, elle leur demanda ce que signifiait ce qu’elle avait vu, alors la voix lui répondit par défaut, lui précisant seulement que le choix lui appartenait, qu’elle disposait totalement de son libre arbitre. La jeune femme demanda de quel choix il s’agissait mais n’obtint pour toute réponse que le doigt d’une des silhouettes qui désignait le ciel ou, à défaut, l’espace bleuté qui dominait la colline. Elle leva la tête mais se figea en portant la main sur sa poitrine, au niveau du cœur.

 

***

-       … bradycardie ! dit une infirmière.

-       atropine ! demanda le chirurgien.

-       Atropine 0,5…prêt !

-       Epongez-moi, s’il vous plait…Encéphalo ? questionna le praticien.

-       Actif !

-       Electro ?

-       On tombe de plus en plus bas… seuil critique atteint….

-       Injectez ! fit le chirurgien

-       Toute la dose ? demanda une infirmière.

 

Une réponse à “Camille, le trait d’union”

  1. alaindubs 6 décembre 2017 à 17 h 01 min #

    sdfgsg


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