5 décembre 2017 0 Commentaire

Actions discrètes

Guillaume croyait en sa mission de service public. C’était le sens même de son engagement au quai des Orfèvres. Mais tous les flics, même les meilleurs, peuvent se tromper et devenir le jouet du machiavélisme d’autrui. Porté au pinacle la veille, désacralisé le lendemain, il aurait eu toutes les raisons de baisser les bras.  Cependant, quelque part en Russie, le vol d’un duplicateur de chaine ADN, objet de toutes les convoitises, modifia l’échiquier de sa vie.

Supplétif fantôme démarché par une organisation secrète, il ne pourra compter que sur lui-même et l’appui d’un réseau dont jamais il n’aurait imaginé la puissance. Et ce réseau, il en aurait bien besoin pour essayer de remplir sa mission.

Chapitre 1.

Pourquoi Guillaume avait-il poussé la porte de l’estaminet de la place Broglie ? Il ne le savait pas lui-même. L’endroit  tentait de survivre entre deux immeubles récents qui l’écrasaient de leur masse. Il résistait, tel un dernier rempart, contre les égoïsmes naturels et offrait un refuge à quelques clients qui y venaient philosopher sur demain ou pleurer sur hier.

            Dès la porte franchie, le visiteur se sentait happé dans un univers parallèle où les relents de bière et les odeurs de tabac s’entremêlaient, dominaient l’espace, parfumaient une dimension sociale qui manquait de plus en plus dans les rapports humains.

            Le badaud n’y entrait pas parce qu’il avait soif. Pas seulement. Il y entrait pour partager sa solitude, pour répondre au besoin inconscient de se livrer à une oreille polie  qui, à défaut d’être attentive,  lui donnait l’occasion d’exister en ayant le verbe haut.

            La salle de service proposait quelques tables en formica aux bords écaillés, dispersées sur un sol en mosaïque. Quelques banquettes vermillon aux assises élimées par des milliers de fessiers étaient disposées sur la gauche. Au centre de la pièce, deux colonnes métalliques aux allures doriques soutenaient le plafond. Elles encadraient une rosace en stuc de laquelle pendait un fil électrique qui jadis, avait alimenté une lampe de bar. L’éclairage d’alors avait fait place aux néons qui juraient avec le caractère chaleureux de l’estanco, glaçant l’ambiance de la maison par leur lueur blafarde.

            Face à la porte, au fond de la salle, dominait un zinc comme on en voyait plus. Un vrai comptoir travaillé et installé sur place, relativement surdimensionné par rapport à l’endroit et qui protégeait un énorme miroir mural encadré par les présentoirs des verres. Le patron de l’estanco y régnait en maître et essuyait sa vaisselle en couvant des yeux une jeune serveuse aux courbes généreuses. Elle virevoltait entre les tables, adressait un mot gentil, souriait aux cœurs usés qui l’espace de quelques secondes retrouvaient un peu d’humanité.

            Dans la pièce, quelques clients attablés jouaient aux cartes ou aux dés, absorbés dans leur affaire au grand dam du patron qui aurait aimé qu’ils consomment davantage, histoire d’assurer un minimum de rentabilité. Mais il avait pour eux un regard attendri, le regard qu’on portait aux personnes d’un certain âge et qui n’avaient plus rien à prouver. Celles qui se contentaient de profiter de l’instant présent en glissant vers le seul moment équitable de la vie…celui où elle s’arrêtait.

            D’autres clients, avachis au zinc, refaisaient le monde en grommelant. Peu de choses, à l’exception des femmes, trouvaient grâce à leurs yeux. Ils écorchaient les politiques, les patrons, la météo, les émigrés et bien d’autres encore, responsables de tous leurs maux. Ils exposaient leurs solutions radicales, parce qu’eux…. S’ils avaient le pouvoir, alors quel changement ! Finis les feignasses, les radasses, les émigrés, les hippies, les bouffeurs du pain des Français dont légitimement ils se sentaient les dignes représentants. Car eux, ils n’avaient peut être pas de diplôme mais ils avaient fait l’école de la vie et surtout… ils étaient Français, comme si cette qualité les plaçait naturellement au dessus de toutes les autres nations. Haine imbécile pour cacher sa peur de l’autre, haine imbécile qui leur permettait de défendre un pré carré de pseudos valeurs morales dans lequel ils pensaient avoir un rôle social mais qu’ils étaient les premiers à bafouer. Avec eux, le succès était assuré. Ils offraient leur prestation sans discontinuer, puis las, ils finissaient leur verre et retournaient à leur anonymat, celui qui répondait en écho à leur solitude.

            Ainsi allait et venait une foule de discrets qui, la tête dans les épaules, le regard bas, s’effaçaient, s’estompaient dans les vicissitudes de la vie dont ils n’espéraient plus rien.

            Guillaume alla s’asseoir sur les banquettes à gauche de la salle et s’emmitoufla dans son manteau dont il releva le col. Il écoutait les conversations en regardant les reflets mielleux de sa bière ou les volutes bleutées de sa cigarette qui finissait de se consumer dans le cendrier. Le visage fermé, il ressassait les dernières semaines qu’il avait vécues et l’aigreur de cette injustice qui lui rongeait le cœur. Lui, l’un des meilleurs flics de la capitale, viré du jour au lendemain comme un malpropre ! Lui, qui avait servi la police avec abnégation, avait vu son Institution se liguer contre lui. Montré du doigt, il avait perdu l’estime de sa hiérarchie, de ses collègues et de ceux qu’il pensait être des amis.

            Bien sûr, il avait fait des erreurs, bien sûr il n’aurait jamais dû rejoindre cet opuscule « police justice » pour manifester ses doutes sur l’appareil judiciaire. Il avait cédé à un faisceau convergent d’amertume et de déception en embrassant une cause qu’il savait pourtant perdue d’avance. Sans doute pensait-il que le démantèlement de ce groupe pratiquement au moment de son adhésion lui accorderait la mansuétude du parquet. Mais le procureur s’était acharné, mettant en doute non seulement ses états de service mais aussi la crédibilité des résultats qu’il avait obtenus à la criminelle. Debout dans le box, il tentait de conserver une attitude digne en écoutant les réquisitoires du procureur, les jambes flageolantes, des crampes dans l’estomac. Seul son adjoint, Marc Rivière, un lieutenant de son équipe, avait témoigné en sa faveur et avait relaté l’engagement de son supérieur, son commandement juste et humain, son respect des valeurs humaines.

            Sa hiérarchie puis ses collègues avaient témoigné à leur tour. Certains ne cachaient pas leur jalousie et réglaient des comptes, d’autres, en l’accablant, éliminaient un concurrent à leur propre plan de carrière.

            Le reste s’était enchaîné très vite : de rapides délibérés, une sanction disproportionnée qui, si elle lui évitait la prison, le rayait définitivement des fonctionnaires de la grande maison. Pas de compassion, les vautours s’entredévoraient déjà pour récupérer sa place.

            La douleur et l’incompréhension étaient bien présentes. Elles envahissaient son âme et son corps lui arrachant de temps en temps quelques larmes.

            Les jours passèrent et Guillaume avait pris ses quartiers dans le bistrot, cherchant à se fondre dans la masse pour échapper aux regards qu’il jugeait toujours inquisiteurs. Qu’allait-il faire maintenant ? Il n’y avait pas vraiment de reconversion possible pour un flic de son niveau. Il ne se voyait pas finir vigile ou gardien de troupeau dans le Larzac.

            En allumant sa énième cigarette, il s’aperçut de la présence à ses côtés d’un homme qu’il n’avait pas vu entrer, ni s’installer. Relativement vautré sur la banquette, son voisin à l’âge avancé le regardait avec un léger sourire au coin des lèvres. Il ressemblait à monsieur tout le monde. Le visage rond et mal rasé, les cheveux courts et non coiffés, la chemise fatiguée et la cravate desserrée, il ne présentait aucun signe particulier auquel s’accrocher.

Devant l’insistance de son regard, Guillaume prit l’initiative.

-       Vous avez un problème ? lança-t-il.

Le sourire de l’homme se fit plus insistant mais son regard se voulait rassurant. Pour autant, Guillaume se sentait agressé.

-       Vous allez bien ? insista-t-il.

Le voisin de banc sortit de sa réserve.

-       Bonjour jeune homme ! dit-il. Sale semaine pour un flic !

Guillaume fronça les sourcils puis son visage s’empourpra de colère.

-       Putain, t’es qui toi ? Qu’est ce que tu viens me faire chier ?  Y’a pas assez de place dans ce bistrot ? Faut que tu m’emmerdes ici ?

L’homme ne se démonta pas, il força un peu son sourire en plissant les yeux ce qui accentua encore ses rides au coin des yeux.

-       Calmez vous, Guillaume, calmez vous, je sais ce que vous vivez, j’y suis passé…

-       Quoi ? fit l’ex policier. Comment vous savez mon nom ? c’est quoi cette embrouille. Bordel ! Vous êtes qui ?

-       Voilà la bonne question ! Je suis le bon samaritain, voyons ! Celui qui vient vous sauver …

-       Abrégez ou allez emmerder quelqu’un d’autre ! fit Guillaume fatigué. J’ai pas besoin d’être sauvé. Tentez votre chance ailleurs…

-       Je vous demande un peu de votre temps et promis, je m’éclipse… Vous voulez bien me prêter un peu d’attention ?

            Guillaume ne répondit pas. Il fixait son interlocuteur sans manifester d’émotion. L’homme prit cette attitude pour un acquiescement et commença son histoire…

-       Mon ami, fit-il, vous faites partie des personnalités que je regarde de loin, sans chercher à interférer dans vos petites affaires. Il y a encore quelques semaines, vous n’étiez qu’un nom sur une liste et puis, vous avez défrayé la chronique ce qui, évidemment a attiré mon attention… »

-       Quoi ? s’étonna Guillaume. Je suis sous surveillance ? Vous êtes en train de me dire quoi, là ? Que je vous dois mes ennuis ?

-       Calmez-vous, reprit son voisin de table. Je viens de vous le dire, je n’ai jamais cherché à interférer dans vos affaires ! Je vous en prie, écoutez-moi. Laissez-moi finir ma petite histoire et vous aviserez …

Voyez-vous, j’ai également fait partie de la grande maison, en d’autres temps. J’ai passé beaucoup de temps à me battre entre ce sentiment de déception et mon engagement pour le service public. J’ai fait ce métier pour protéger le citoyen, pour protéger sa famille et je pensais pouvoir le faire dans le strict cadre de la loi. Une illusion parmi tant d’autres… Vous avez connu ça, n’est-ce pas ?

L’ex-capitaine du 36 baissa les yeux, le regard vide. L’homme reprit.

-       Comme vous, j’ai été confronté à une meute d’opportunistes, des jeunes aux dents longues pour qui la police n’est qu’un outil, un tremplin pour une carrière plus « politique ». Qu’importent les moyens, il leur fallait briller, arriver au sommet et acquérir l’aura nécessaire à leurs ambitions, quitte à broyer ce qui faisait la colonne vertébrale de la Maison. Et pour ça, ils n’hésitaient pas à manigancer en coulisses, relâchant le rejeton capricieux d’une personnalité publique, enquêtant discrètement sur des pairs ou des concurrents politiques, développant un cercle « d’amis » redevables… Je pense que ça vous parle, non ?

Guillaume hocha la tête sans quitter la table des yeux.

-       Bien sûr que ça vous parle ! Comme vous savez que pendant ce temps là, les décisions cruciales ne sont pas prises. Et comme d’habitude, les hommes de terrain se retrouvent confronter à une nouvelle délinquance, toujours plus avide, toujours plus violente et relativement polyvalente.

-       J’ai fait ce que j’ai pu, murmura Guillaume. Police-justice… quelle connerie !

-       Ne vous blâmez pas ! C’est difficile de travailler dans ces conditions ! C’est pour cela que j’ai présenté ma démission. Je vois encore la tête de mon directeur lorsqu’il m’a convoqué ! Il croyait à une mauvaise blague ! J’ai vidé mon sac et il n’a pas été surpris. Il était lui aussi confronté à toutes ces manigances mais il trouvait un exutoire dans les responsabilités de sa fonction. Il a tenté de me convaincre de surseoir à ma décision et je l’ai écouté. Oh, les premiers jours, il fait preuve de beaucoup de compassion et il a essayé d’adapter les moyens de la maison à mes besoins. Mais ça n’a pas duré plus de deux mois. J’ai donc renvoyé ma lettre de démission. Bien sûr, j’ai de nouveau été convoqué mais cette fois, ses argumentaires n’avaient pas d’effet sur ma décision. Il s’en est vite aperçu, regrettant qu’une force vive de son service jette l’éponge.

Cette fois, Guillaume releva la tête et plongea son regard dans le sien.

-       Mais comment ? demanda-t-il. Comment avez-vous basculé ?

-       Comment… ? Je n’ai rien cherché, je n’ai rien demandé. En fait, pendant mon préavis, j’ai passé plus de temps avec lui, transition oblige, que sur le terrain. On s’est rapprochés sur le plan humain. La veille de mon départ, il m’a invité chez lui. Un repas en tête à tête, loin des turpitudes du service.    Il m’a demandé ce que je comptais faire de ma vie ? Mais je n’en savais fichtrement rien ! Il m’a alors parlé d’un haut fonctionnaire de ses amis, coutumier des salons feutrés, au fait des températures du moment. Ce genre de fonctionnaire immuable, qui fait partie de la vie politique quelque soit le gouvernement en place. Il cherchait à mettre en place un département fantôme au service de l’Etat. Le genre d’opuscule qui intervenait là où il n’était pas souhaitable d’engager des compatriotes !

-       Mais… et les services secrets dans tout ça ? demanda Guillaume. Je ne comprends pas votre rôle ? Il y a des services officiels pour les missions délicates, non ?

-       Les services d’État ? C’est encore différent. Il n’y a rien de pire qu’un agent qui se fait prendre. Alors que là, pas de lien avec l’employeur, pas de traçabilité, si vous voyez ce que je veux dire… Bref, Cette rencontre a été suivie de plusieurs autres et à  mesure que la confiance s’imposait, un consensus se mettait en place. Les entretiens s’étaient déplacés dans les arrière salles de cafés ou de restaurants, de connivence bien entendu.

-       Vous êtes en train de me dire que ce service existe déjà depuis un moment ?

-       Un moment ? N’exagérons rien ! Il a émergé dans les années 80. L’arrivée des socialistes au pouvoir a entrainé le démantèlement du Service d’Action Civique.  Un certain nombre de « fonctionnaires » s’est ainsi retrouvé disponible. Le nouveau gouvernement de gauche, cependant, ne put se résoudre à se passer d’un opuscule fidèle, acquis, dont les ramifications éparses pouvaient servir leurs intérêts. Les commanditaires firent le tri et sélectionnèrent les plus discrets et les plus efficaces. L’habitude de travailler dans l’ombre en avaient rendu beaucoup indépendants, parfois … trop indépendants. Il fallait réorganiser, hiérarchiser et fidéliser.  Les élus passaient mais les administrateurs assuraient la continuité.

-       Mais comment un service comme celui-là peut-il fonctionner ? De mémoire, le SAC était financé par le gouvernement, non ?

-       Pas tout à fait ! Il était financé par des hommes politiques, enfin par les contribuables ! Il faut bien que l’argent viennent de quelque part… Bref, ce service remplaça temporairement le SAC. Les besoins, les locaux, le financement, le recrutement, le renseignement, les comptes off-shore, les armes et les munitions, les minutes des tribunaux, les fichiers de police, le réseau d’appui, l’indépendance des agents, …, tout fut abordé dans les moindres détails. La mise sur pied d’un premier système embryonnaire prit environ trois ans. La cohabitation politique sembla marquer un temps d’arrêt mais contre toute attente, le nouveau gouvernement de droite laissa faire. Après tout, ce service n’existait pas et n’avait jamais existé. Mais les anciens membres du SAC vieillissaient et il fallait veiller à la pérennité des missions. Alors vint le recrutement de nouveaux collaborateurs pour faire face à la demande. Dans ce milieu, il n’est pas question de casting, il fallait être en veille permanente, suivre les recrutements des officiers et des commissaires de police. Il fallait mailler de nouveaux réseaux avec la complicité de quelques instructeurs de St Cyr au Mont d’Or ou d’ailleurs, acquis à la noirceur de la tâche. Il fallait suivre les carrières, les états de service, rester dans l’ombre pour s’assurer que le « futur » collaborateur s’inscrive en vrai dans le processus. La moindre erreur de recrutement pouvait faire tomber toute l’organisation clandestine. Enfin le temps fit son œuvre et la structure survécut aux différents locataires de l’Elysée et de la place Beauvau.

-       Qui dirige cette organisation ? demanda Guillaume.

-       A votre avis, mon jeune ami ? C’est une nébuleuse aux ramifications occultes. J’y ai fait mon bonhomme de chemin pour finalement en prendre la tête. La tâche étant ardue, je procède toujours en personne au casting des éventuelles nouvelles recrues… Vous aurez compris maintenant que je ne suis pas là par hasard !

            Guillaume dévisagea attentivement son interlocuteur. Il mesurait toute la portée et la dangerosité de tels propos mais il avait piqué sa curiosité et son attention s’accrut.

L’homme continua :

-       Les commanditaires ne connaissent que moi et les agents recrutés sont indépendants. Il n’y a aucun lien entre eux.  Les missions restent toujours anonymes. L’agent reçoit un jour, un courrier, une demande, mais il est libre de l’accepter ou de la refuser si elle heurte sa sensibilité.  Ce qui n’est pas fait par l’un le sera par un autre.  Le cash est versé aux deux tiers à l’acceptation, le dernier tiers en fin de mission. Ce que les agents font de leur argent les regarde mais nous leur conseillons un réseau de banques avares d’indiscrétions même lorsqu’elles sont sollicitées aux plus hauts niveaux. Les comptes, comme les agents, « n’existent » pas.

Guillaume le regarda jeter quelques pièces sur le formica avant de se redresser puis de se lever en fermant son manteau.

-       Pour aujourd’hui, vous en savez assez ! Demain matin, je fais une promenade  dans les jardins du Luxembourg. Sans doute aurai-je l’occasion de vous y croiser. Nous pourrons alors reprendre cette conversation. Bien le bonjour !

            L’homme se leva et sortit sans se retourner, laissant Guillaume perplexe. Et si c’était un piège ? pensa-t-il en faisant tourner sa bière dans son verre. Et si cela procédait d’une volonté de lui nuire à jamais. Le coup de grâce en quelque sorte !

            Pourtant, en dépit de sa méfiance, il se rendit à l’invitation. Qu’avait-il à perdre ? s’était-il finalement convaincu. Il avait touché le fond et il ne pourrait pas descendre davantage.

            Il arriva dans les jardins du Luxembourg sur les coups de neuf heures et fit un tour rapide des allées avant d’aller s’asseoir sur un banc battu par le vent d’hiver. La tête baissée, le cou protégé par le col du loden qu’il avait remonté, il regardait ses chaussures en grelottant. Les minutes s’enchainèrent jusqu’à ce que l’aiguille fasse le tour du cadran. Personne ne s’était manifesté. Il rigola intérieurement en se moquant de lui-même. Il se leva et commença à marcher vers la sortie, les mains profondément enfouies dans les poches de son manteau.

            Les grilles passées, il se dirigea vers la station de métro la plus proche sans remarquer le véhicule stationné à sa hauteur, le long du trottoir. Un bruit de portière qui s’ouvre le fit sursauter. Instinctivement il baissa les yeux vers l’habitacle et y reconnut  son interlocuteur de la veille, penché vers lui, qui l’invitait à prendre place.

-       Je suis heureux que vous ayez répondu à mon invitation, fit l’homme.

-       Je me demandais si ce n’était pas une blague, répondit Guillaume en verrouillant sa ceinture de sécurité. Où allons-nous ?

-       Nulle part, fit le conducteur en souriant, nulle part. Je vous propose une promenade dans les rues de Paris. Nous allons nous voir souvent, Guillaume, très souvent, si tant est que je puisse considérer votre curiosité comme un intérêt à ma modeste proposition…

-       Vous cherchez quoi ? demanda Guillaume. Des assassins patentés ?

-       Mauvaise question, répondit l’homme. Je vous l’ai dit, si vous embrassez notre cause, rien ne vous contraint si ça heurte vos convictions.

-       Quel genre de missions, alors ? Il ne s’agit pas de surveiller un parc d’enfants ?

-       Vous êtes drôle ! Notre collaboration nécessite une formation. C’est moi qui jugerais si vous êtes digne de confiance ou pas. Ce n’est pas  une condition pour  nous rejoindre. C’est « la » condition pour vous confier éventuellement un rôle. Pour l’instant, il est nécessaire que vous compreniez le fonctionnement, les appuis, les relais, où chercher les renseignements, sur qui vous pourrez compter et toutes ces choses qui doivent faciliter la vie de nos collaborateurs.

-       Il y en a beaucoup ? demanda l’ancien capitaine.

-       Encore une mauvaise question ! soupira l’homme. Je me demande si vous m’écoutez parfois ! Bon, je mettrai ça sur le compte de vos réflexes de flic, ou plutôt d’ex-flic. Vous aurez saisi la nuance, n’est-ce pas ?

Guillaume le regarda, le visage empreint d’une infinie tristesse.

-       Je crois que vous m’avez compris, reprit son interlocuteur. Alors je ne vous retient pas. Pensez à tout cela, nous allons avoir du pain sur la planche !

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